| Que devient la culture
dans le contexte de la mondialisation actuelle? Devient-elle une marchandise
comme une autre, ou peut elle constituer, dans certaines conditions,
une forme de ressourcement, en puisant dans le passé, dans l'imaginaire
individuel et collectif afin de mieux vivre notre présent et de pouvoir
se projeter dans le futur. Les enjeux de la mondialisation n'offrent-ils
pas l'occasion de nouveaux défis culturels ? Ce sont les points que
j'ai envie d'aborder durant ces quelques minutes en les illustrant
avec une réalisation et un projet.
Avec la mondialisation, les produits, les marchés culturels s'internationalisent.
La musique, le cinéma, la peinture, la sculpture rentrent largement
dans cette marchandisation internationale de la culture. Nombre
de créations, de produits culturels sont intégrés dans un marché
international. Ils peuvent devenir source d'énormes profits. Les
oeuvres d'art peuvent aussi devenir des placements financiers.
Vous connaissez cette réalité. Mais heureusement, elle ne couvre
pas toute l'expression culturelle, très variée, qui existe dans
le monde. Pour notre part, nous distinguons mondialisation et globalisation
économique. La mondialisation est ce processus qui, avec les progrès
en matière de communication, de révolution industrielle et technologique,
nous rend plus dépendant les uns des autres sur notre petite planète.
Nous sommes devenus plus interdépendants en matière de gestion de
l'environnement, d'évolution climatique, de développement technologique,
économique, de paix.... Ceci est une réalité incontournable que
l'on ne peut pas ignorer. La globalisation économique c'est autre
chose. Elle constitue, à nos yeux, avant tout, un projet politique,
une idéologie qui cherche à ouvrir toutes les frontières, en mettant
en concurrence tous les produits et services dans tous les domaines,
et en espérant qu'ainsi, grace aux vertus du marché, l'ensemble
du monde puisse bénéficier de la multiplication des échanges. Chacun
peut juger à sa manière des résultats de cette globalisation économique
qui exerce sa prédominance au niveau mondial.
L'idéologie de la globalisation économique est aussi fortement liée
avec celle d'un "modèle de développement productiviste"
de la société, qui ignore, dans les faits, les limites en ressources
naturelles, la finitude de la planète terre.
Actuellement, l'humanité se trouve confrontée à son destin. Les
hommes ont la capacité de détruire la planète, de détruire leur
environnement, et de compromettre la vie des générations futures.
C'est dans ce contexte que, de plus en plus de citoyens dans le
monde, d'ong, d'organisations publiques, d'organismes de recherche,
mais aussi de responsables économiques et politiques ont pris conscience
de la nécessité d'agir pour changer fondamentalement le mode de
développement, d'éviter, en particulier, un changement climatique
dramatique pour une partie de l'humanité.
La dynamique des Forum Sociaux Mondiaux, à laquelle j'ai participé,
a été impulsée, en 2001, à Porto Alegre Alegre (Brésil). Ils ont
ouvert un espace libre de rencontres, de débats, ouvert à des milliers
de personnes au niveau international, et avec la particularité qu'aucune
déclaration commune, synthèse commune n'est tirée à l'issu des travaux.
Ils constituent un lieu d'analyse et de critique de la globalisation
économique, mais aussi un lieu de recherche afin de concrétiser
"un autre monde possible". Le Forum Social Mondial est
un espace créatif, ouvert, favorisant la mutualisation des expériences,
des idées mais favorisant aussi une culture de paix. Ces Forums
Sociaux Mondiaux témoignent de la montée en puissance d'une conscience
de la nécessité de prendre en compte et de traiter les problèmes,
du local au mondial et d'impulser des modèles durables de société.
C'est dans ce cadre qu'avec un ami sculpteur, Eric Théret, nous
avons lancé un appel, par internet, afin que les participants du
monde entier apportent, à l'occasion Forum Social Mondial de Porto
Alegre en 2001, une ou plusieurs pierres peintes, ou gravées afin
de réaliser une Mosa?que Citoyenne dans cette ville. Mille trois
cent pierres ont été ainsi réunies et assemblées dans cette Mosa?que.
(voir photo). Cette mosa?que représente la diversité et l'unité
des mouvements, des organisations, des cultures, participant à dynamique
altermondialiste désirant une autre forme de mondialisation. Cette
création collective a constitué un acte fort. De nombreux participants
se sont donc mobilisés pour trouver, graver ou peindre une grosse
pierre qu'ils ont apportée, comme ils ont pu, par avion, par bus,
en provenance de plus de quatre vingt pays du monde. Il fallait
y croire. Ils y ont cru. Cela a étonné, touché, bouleversé beaucoup
de personnes. La Mosa?que Citoeynne est devenue le coeur du Forum.
Elle est actuellement dans le parc Marino du Brasil, à Porto Alegre,
et constitue le témoignage de ces rassemblements créatifs du forum
social mondial.
Sur la base de cette expérience, mais aussi d'autres expériences
d'expression culturelle, auxquelles nous avons participé, nous proposons,
avec Eric Thérêt de réaliser ici, à Hangzhou, ou ailleurs en Chine,
une sculpture monumentale, sous forme de cent pages de pierres qui
seraient écrites, gravées pendant tout le 21 ème siècle et qui valoriseraient
des acteurs variés (organisations publiques ou privées, mouvements..)
et des évènements variés du monde qui auront agi ou permis d'agir
dans le sens de la protection de notre planète, de son environnement
et de l'humanité. Les premières pages pourraient être un peu analogues
à celles qu'Eric Thérêt avait réalisées dans un lycée, en France,
à Créteil. (voir photo).
Si ce livre de pierres pouvait être ouvert, inauguré, l'année prochaine,
par deux grandes pages, nous proposerions aussi que l'année prochaine,
chaque participant puisse apporter une pierre gravée, peinte afin
de réaliser un premier dallage de pierres qui serait installé prés
des deux premières pages de ce livre monumental. Il faut bien rêver,
imaginer... J'ai le sentiment que les expressions artistiques, sociales,
culturelles qui ont la capacité à nous faire imaginer, rêver, à
lier des choses qui normalement ne sont pas reliées, sont aussi
celles qui peuvent aussi nous permettre de rétablir une vraie présence
avec les autres et la nature. C'est ce que j'aime aussi.
Je vous dis à bient?t. C'était un plaisir de libérer ces quelques
mots, ces quelques idées. Ils viennent de mon coeur, de ma vie,
de mon imagination, ici et maintenant.
Ensemble, peut être, arriverons nous à atteindre ce que nous cherchons
le plus: le rire, la beauté, l'amour et la possibilité de créer.
Le 31 /05/07
Pierre Vuarin
Socio-Créateur.
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